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 Au bord du gouffre {Jess}

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Vampire Level B - Clan B. Ryan
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Vampire Level B - Clan B. Ryan
MessageSujet: Au bord du gouffre {Jess}   Ven 8 Juin 2018 - 3:07


- Monsieur, vous devez boire…

Je jetai un regard morne au verre de sang que Seito s’évertuait à me faire avaler depuis une heure. S’il est vrai que la soif me taraudait, je n’avais pas envie de m’alimenter. Ma gorge était déjà sèche et commençait à me brûler. Il faut dire que je n’avais rien avalé depuis la veille, à savoir juste avant que je ne me rende chez Junya pour requérir son aide. Mon grand ami voulait s’assurer que je ne reste pas seul trop longtemps, hélas il ne pouvait être éternellement à mes côtés, et c’était le cas aujourd’hui. Enfin, je n’étais pas vraiment seul. Il y avait ce pauvre Seito, mon fidèle majordome qui faisait de son mieux pour me maintenir la tête hors de l’eau. Il ne disait rien, il restait digne de lui, impassible et silencieux, mais je sentais qu’il se rongeait les sangs pour moi. Même s’il travaillait en réalité pour mon grand-père, lié au clan Von Reizel, cette dernière décennie passée sous le même toit nous avait permis de tisser un lien étroit, que j’aurais pu qualifier d’amitié formelle. Nous parlions peu, mais nous nous appréciions et nous comprenions mutuellement, tout en gardant ce statut formel entre maître et serviteur.

Malheureusement son amitié, bien que sincère, ne suffisait pas. Depuis plus de vingt-quatre heure, je dépérissais, terrassé par la mort d’Emeraude, aussi brutale qu’inimaginable. Dès lors que je me retrouvais seul et désœuvré, ces images revenaient me hanter. Je revoyais son visage atrocement pâle, ce sang qui inondait le sol autour d’elle, et ses magnifiques yeux dépourvus de vie. Je n’arrivais pas à les chasser de mon esprit. Il ne me restait plus que mes souvenirs, et c’était les pires qui me se présentaient actuellement. J’avais essayé pourtant ; j’avais tenté de rappeler à mon esprit ces heureux moments que nous avions partagé. Son anniversaire, nos fiançailles, nos promenades dans le parc… Mais, inévitablement, il se superposait les derniers instants de son existence. Et le chagrin me rattrapait.

Je serrai contre moi l’écharpe qu’elle avait laissé à sa dernière visite. Je ne l’avais pas quittée, prostré sur mon lit, depuis que j’étais rentré. C’était le dernier souvenir matériel qui me restait. J’avais besoin de sentir son odeur fraîche, pure, dénuée d’hémoglobine ou de toute autre fragrance polluante. Comme si elle ne m’avait jamais quittée, comme si elle était toujours là, à mes côtés. En fermant les yeux, en faisant un effort, je pouvais presque voir son sourire charmant et sentir sa main sur mon épaule, au réveil. Je me souvenais encore de son rire cristallin contagieux, qui sonnait comme une douce symphonie à mes oreilles. Je revoyais sa silhouette fine et élancée courir vers moi lorsqu’elle m’apercevait de loin. Je sentais la douceur de sa peau sous mes paumes, son souffle chaud dans mon cou, ses lèvres contre les miennes. Elle m’imprégnait encore, par tous les pores de ma peau. Mais mon esprit ne se faisait pas d’illusion. Je ne sentirais plus sa peau, ni son souffle, ni ses lèvres. Je n’entendrais plus son rire, ni ne verrais son visage illuminé. Elle était morte, assassinée, victime de la cruauté de ce monde.

Mon esprit s’égarait à nouveau aux portes de la détresse. Je n’avais cessé d’aller et venir sur ce sentier tortueux depuis son décès. Je me sentais comme un oiseau blessé balloté par les vagues impétueuses d’une mer en furie. Je finirais par être abandonné sur une plage sablonneuse, laissé pour compte, perdu sur une île déserte, livré à moi-même.

Une main secoua mon épaule, me tirant de ma torpeur si brutalement que j’eus une réaction démesurée. Mon bras partit et frappa celui de Seito, qui esquissa un mouvement de recul, surpris par la véhémence de mon geste. Geste que je regrettai aussitôt. Il eut au moins le mérite de m’extirper des brumes obscures du chagrin. Je me redressai, étreint par la culpabilité.

- Pardon Seito, je… je voulais pas…
- Je sais Monsieur, ce n’est rien. Je vais nettoyer.

Imperturbable, il s’éclipsa pour aller chercher un seau et une serpillère avec des produits ménagers. Je constatai avec hébétement le verre au sol dont le contenu s’était vidé aux pieds de mon lit, formant une tâche vermeille sur le parquet. Mon visage s’assombrit ; je n’aimais pas l’image que je rendais. Pourtant, j’avais beau m’échiner à garder la tête hors de l’eau, je finissais par être submergé, noyé dans le chagrin et la douleur. Sur la table de chevet, mon téléphone se mit à vibrer.


Jess

Hier

Jess, tu serais disponible dans l’immédiat ?
17:23 reçu
Aujourd’hui

J’ai essayé de te joindre, je tombe sur ta messagerie… tu pourrais venir dès que possible ?
5:17 reçu

Mon dieu Raph, c’est quoi tous ces messages ? Je suis désolée, je n’ai pas pu répondre avant. J’ai eu ton message vocal, j’arrive d’ici une demi-heure !
14:37

Ok super merci
14:37 reçu



Une lueur d’espoir perça les méandres de mon esprit. Finalement, elle avait reçu mes messages. Il faut dire qu’en plus des SMS, j’avais tenté de la joindre à plusieurs reprises, ne daignant laisser un message vocal qu’à ma dernière tentative. Quelque chose comme « Bonsoir Jess, désolé de te déranger. Il faut que je te parle de quelque chose, c’est important, mais pas au téléphone et encore moins par boîte vocal interposée… Tu pourrais rapidement te déplacer à la villa ? Tiens-moi au courant. » Avec la voix étreinte et un ton misérable, je n’osais imaginer ce qu’elle avait pu penser en l’écoutant. Je m’en voulais de l’inquiéter, en même temps… C’était ma meilleure amie, je n’avais jamais eu autant besoin d’elle. Elle avait connu Emeraude, elles s’étaient appréciées. Je ne pouvais pas la tenir à l’écart, elle m’aurait tuée de toute façon. Un faible sourire étira mes lèvres à cette pensée. Oui, elle m’aurait reproché de n’avoir rien dit… Et ç’aurait été terrible pour elle d’apprendre la nouvelle par les journaux, qui allaient bon train. Surtout qu’il y avait toujours des yeux et des oreilles indiscrets, étant donné mon statut d’écrivain. D’où mes messages pressants.

L’annonce de sa venue prochaine me requinqua un peu. J’acceptai cette fois sans broncher le nouveau verre de sang que me tendit Seito. Je devais être en pleine possession de mes moyens pour l’accueillir, alors étancher ma soif s’avérait essentiel. J’entrepris de me débarbouiller et me coiffer un minimum pour ne pas avoir l’air d’un épouvantail malmené trois jours de suite par les corbeaux. Inutile de l’alarmer davantage. Même si, dans le fond, je savais que ça ne changerait rien à sa réaction, lorsque je devrais lui annoncer la terrible nouvelle…

Quand la sonnerie retentit, je sursautai, quelque peu sur les nerfs à cause du manque de sommeil. J’entendis Seito lui ouvrir tandis que je me rendais dans le hall. Elle eut à peine le temps de me jeter un regard que j’étais déjà sur elle pour l’enlacer et la serrer contre moi. Privé de la femme de ma vie, j’avais cruellement besoin de chaleur humaine -façon de parler- pour m’aider à tenir.

- Merci d’être venue… Je suis désolé pour mes messages, je sais que je t’ai inquiétée.

Je ne pouvais pas lui en dire plus dans le hall d’entrée. Je savais par expérience qu’évoquer le sujet me ferait perdre à nouveau tous mes moyens, comme la veille avec Junya et Ruby. Aussi je me dégageai et lui jetai un regard qui se voulait rassurant, mais que je devinai peu convaincant.

- Viens.

Je la guidai par la main jusqu’au salon pour ensuite l’inviter à s’assoir sur le canapé. Je pris place non pas sur le fauteuil en face, mais à ses côtés sur le canapé. J’avais besoin de proximité, comme si je craignais qu’elle aussi ne disparût.

- Tu dois te poser un millier de question… Je ne voulais pas t’inquiéter, mais… Il fallait que tu sois là pour parler. Si je t’ai demandé de venir, c’est pour… pour Emeraude. Il s’est passé quelque chose. Elle…

Comme attendu, ma voix s’étrangla. Ce ne fut qu’au terme d’un effort surhumain et d’une longue inspiration que je pus me maîtriser. Je me revoyais chez Junya, presque 24h auparavant, à devoir annoncer la même nouvelle. Je butai un moment sur le pronom, cherchant mes mots, moi qui d’ordinaire était un fin littéraire.

- Elle… Elle est morte…

Une douleur lancinante, psychosomatique, me transperça la poitrine alors que ma voix mourait. De nouveau incapable de parler, je me pris la tête entre les mains en fermant les yeux, les coudes appuyés sur mes genoux. Malgré tous mes efforts, je sentis des larmes tracer des sillons sur mes joues blafardes. Je n’y arriverais pas, même avec tous mes proches. Je me sentais juste au bord du gouffre…


J'écris en #00cc66
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